Mercredi 16 juillet 2008
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08:50
[...] Un homme l'air blasé, ou courroucé – nul ne le sut jamais – s'approcha aux alentours de 6h00-6h30 de nos deux héros sans forcément
chercher à diminuer le bruit que son déplacement sur ce type de revêtement dur ne manquait pas de provoquer :
— Bonjour...
— Oui en effet nous sommes au grand matin comme l'indique brièvement le premier paragraphe, il demeure donc raisonnable que vous nous saluiez en ces termes plutôt qu'en un vague bonsoir ou un
indécis bon appétit, qui finalement aurait presque eu l'air grotesque.
— Cela va sans dire, mais ce n'est pas ce qui m'amène.
— Nous vous écoutons.
— Vous ne seriez pas un brin macho ? demanda la jeune femme.
— Pourquoi donc dites-vous cela ?
— Vous dites "nous" sans me demander mon avis, avouez qu'il existe des raisons tangibles de se poser cette question.
— Oui, je n'y avais pas pensé, je vous présente mes excuses, mais retenez tout de même qu'il apparait souvent utile qu'un des membres d'un groupe agisse pour l'ensemble des autres. Bien sûr
certains pourraient le faire pour en obtenir le commandement, ou tout le moins un avantage dans la hiérarchie, moi je tenais juste à dire "nous" à notre hôte pour gagner du
temps.
— Gagner du temps ?
— Quelque chose me dit que cet homme va être ennuyeux, très lent à exprimer ce qui lui semble être l'idée qui l'a décidé à venir nous visiter de grand matin. Si enfin vous-même me reprenez sur ce
genre d'évidence parce que votre dignité vous semble en souffrir j'ai peur que notre homme n'ait finalement eu raison sur toute la ligne.
— C'est-à-dire ?
— L'heure est matinale vous ne croyez pas ?
— Oui très juste.
— Et bien au train où vont les choses, sa lenteur – d'ailleurs nous ne l'avons toujours pas laissé s'exprimer –, votre susceptibilité et mon gout pour les phrases ne me semblent aucunement
propices à un dénouement rapide de notre affaire.
— Sans doute, mais tout cela me semble très excitant, avec vous on ne sait jamais où l'on va et si même il existe un quelconque avantage à s'y rendre.
— Admettons que je vous donne raison, il reste tout de même un point qui me chiffonne.
— Ha oui, lequel ?
— Cet homme est venu tôt pour nous rencontrer, je n'irais pas jusqu'à dire qu'il a fait un long chemin, puisqu'il vient de la piste n°4 juste à côté du diesel poids lourd, mais rien ne nous
permet d'affirmer qu'il ne l'aurait pas fait si une distance d'une tout autre envergure nous avait séparés. Or comme nous ne cessons de parler sans tenir compte de sa présence, il
pourrait se lasser et s'en retourner en songeant qu'il pourrait revenir plus tard dans la matinée, et ce d'autant plus facilement que, rappelez-vous, il vient de la piste juste à côté.
— Très bien mais... où voulez-vous en venir ?
— Et bien, imaginons qu'il meurt subitement il ne faudrait pas attendre longtemps pour que sa mère vienne nous voir puisque nous aurions été les dernières personnes à l'avoir vu vivant.
— Oui c'est certain.
— Elle ne manquerait pas de nous demander qu'elles furent ces dernières paroles. Et qu'aurions-nous à lui dire ? Oui cette homme, votre fils, nous l'avons vu l'instant avant sa mort, il a
simplement dit "bonjour". Laissons lui une chance je vous en prie, pour lui et pour sa mère, car les nôtres sont bénies avec tout ce que nous avons raconté, notre homme pourra leur dire quelque
chose de nous, de nos derniers instants. Vous êtes d'accord n'est-ce pas ? Ecoutons-le.
— Très bien.
Alors ils se retournèrent vers leur désormais très cher invité pour l'entendre, l'écouter, alors il leur dit :
— J'aime à vous écouter, mais ne croyez-vous pas qu'il devient urgent de quitter cette station service ? Cela fait trop longtemps que vous nous y bloquez.
— Vous avez raison, allons-y !
— Quoi tout de suite ?
— Bien sûr que oui, puisque vous me le demandez.
— On peut dire que vous avez le sens du départ.
— Ne croyez pas cela, ça fait trois mois que nous sommes bloqués ici.
Et tout le monde quitta cette station en moins d'une heure après que chacun ait réglé ce qu'il devait au pompiste. [...]
Par Jean Bernard Conrod
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Jeudi 10 juillet 2008
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/2008
09:30
[...]
— Soyons net...
— Et pourquoi donc je vous prie ?
— Ne me coupez pas et vous le saurez....
— Faites un effort parlez plus rapidement, plus efficacement.
— Vous savez il est rare que j'ai, ou qui que ce soit, à transmettre une révélation, de telle sorte qu'en définitive la façon de parler est sans doute plus importante que son objet,
puisqu'aussi bien il y a peu de chance que je vous apprenne quelque chose. Au mieux je dirais que je peux vous apprendre ce que vous savez déjà.
— Comment ça ?
— Souvent les gens savent les choses pour ce qu'elles sont vraiment, mais préfèrent par commodité continuer de penser faussement en public.
— Expliquez-vous !
— Par exemple les hommes et les femmes savent pratiquement tous, exception faite des jeunes qui débarquent, que les hommes ne sont pas des femmes, pourtant en public il leur semble préférable de
songer qu'un homme serait une femme qui s'ignore en quelque sorte, comme si la femme était plus près de la perfection. Chacun sait bien qu'il n'en ait rien et que la seule vertu féminine que la
plupart veulent défendre n'est autre qu'une certaine forme de Paix. En effet, les femmes semblent peu attirées par les conflits armés, cela dit elles expriment leur violence par d'autres moyens.
L'homme ou la femme ? chacun sait que ce n'est pas le sujet.
— Je suis une femme et je vous affirme que l'homme est plus violent, songez aux guerres, aux viols, aux meurtres, ... dans la très grande majorité des cas ce sont des hommes tout de même.
— Vous avez parfaitement raison, mais songez donc à ce que peut une femme blessée, jalouse, ambitieuse ou simplement envieuse. Cela dit, en êtes-vous si sûr que vous me le demandiez
?
— Dites-moi, là je suis perdue.
— Mais non vous ne l'êtes pas, simplement vous n'aimez guère que l'on vous dise certaines choses. Notez en passant que c'est exactement la même chose pour moi et notez en y demeurant qu'il me
semble que vous faites erreur.
— Comment cela ?
— Depuis quelques jours que nous discutons ici j'ai remarqué que vous avez fait le plein de votre voiture en super, n'est-ce pas ?
— Oui c'est exact et j'avoue que je ne suis pas pressée d'aller payer, j'aime mieux rester ici à bavarder avec vous et voir tous les autres s'ingénier à faire bon usage de l'attente que nous leur
imposons.
— Dans ce cas je crois que nous allons rester un bon bout de temps ensemble et avec nous tous ceux qui attendent que nous libérions les pompes.
— Pourquoi ?
— Votre voiture, elle marche au diesel vous savez.
— Ha oui et alors ?
— Votre plein de super empêchera à coup sûr que votre moteur démarre.
— Vous avez raison ils n'ont pas fini d'attendre... dites-moi encore une chose.
— Oui ?
— Cela vous ennuierait-il, si jamais mon moteur venait à être réparé, que je vous suive jusqu'à la prochaine station service, nous pourrions y re-bavarder.
— Oui si vous voulez, vous n'aurez qu'à me suivre.
— Et si vous nous n'avions plus rien à nous dire, que ferons-nous alors ?
— Nous pourrions tout simplement y faire le plein, ce genre d'endroit est tout indiqué.
[...]
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Mercredi 9 juillet 2008
3
09
/07
/2008
11:35
Voici que je reviens après cinq mois d'absence, je ne pourrais vous rendre compte de la première information qu'on livre après un tel
voyage, par sa longueur même il rendrait tout effort inutile. Disons qu'il a fait beau, qu'il a fait mauvais, qu'il a fait exactement entre les deux, il a fait tant de choses que je
crois pouvoir résumer son évolution à cette sentence : le temps a été changeant.
Je me rappelle juste cette conversation avec cette drôle de femme à la pompe à essence immédiatement voisine par la droite quand on regarde le vieil hotel par la route unique qui y mène, alors
que moi aussi je faisais le plein de ma voiture.
— Pardon mais vous avez toujours l'habitude de payer par carte bancaire ou est-ce un effort pour attirer mon attention ?
— Il n'est tout de même pas évident qu'il soit concevable de l'envisager, ne serait-ce que par la crainte que cet effort suscite.
— Un effort ! Mais vous n'y songez pas sérieusement tout de même ?
— Vous savez... on songe à si peu de choses et on en envisage tant qu'il serait souvent préférable de dormir ou seulement de se réveiller un instant.
— Très bien, très bien, donc vous faites juste votre plein ?
— Oui, à moins que quelque chose ou quelqu'un m'en détourne.
— Ne pourrais-je être celle-là ?
— Evidemment oui, je n'ai pas d'idée préconçue sur l'apparence de ce qui me distraira.
La conversation fut des plus excitante si bien que nous ne vîmes pas le temps passé, contrairement à tous ces gens qui attendaient que nous libérâmes nos pompes respectives. Les heures
passaient, leur impatience augmentait – il faut reconnaitre qu'ils étaient surtout venus chercher de l'essence, pourtant notre flegme et sans doute l'art de notre conversation les
convainquirent de s'y essayer, si bien qu'ils se mirent eux aussi à bavarder entre eux par groupe de deux, trois, ou plus selon leurs fantaisies et la position qu'ils occupaient au moment où
l'idée leur parut salutaire –, les jours aussi, et puis les mois, cinq en tout.
Revue de Presse :
« Un total de 5, c'est déjà un très beau score quand on songe que ce sont des amateurs », note Total Games.
« Il a survécu à cinq mois, sans effort apparent, c'est incroyable », écrit XTrem Climb.
« Drôle de blaireau tout de même ce gars là ! », courrier des lecteurs, No Survive Hunt.
Par Jean Bernard Conrod
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Vendredi 11 janvier 2008
5
11
/01
/2008
23:29
Il ne se passe pas grand chose ici depuis un certain temps, cela m'inspire deux pensées pour ainsi dire voisines. La première est que cela ne change pas grand chose à
vos vies qu'il y ait ou non quelque chose qui se trouve être à lire ou à survoler justement là plutôt qu'ailleurs, la deuxième est qu'il ne nous reste plus qu'à souhaiter que cela soit le signe
qu'il se passe quelque chose ailleurs, dans un autre espace, qui justifie que je ne fasse plus rien par là, cela dit étant donné ma première pensée, on pourrait très bien conclure que cela n'est
pas utile puisque cela ne rendrait en rien nécessaire que je m'y emploie d'une manière ou d'une autre.
C'est un peu long pour dire que le rien¹ vaudrait tout autant que le tout, aurais-je dissimulé ma pensée ou bien se joue-t-elle de ses mirages incandescents qui n'ont d'autre mensonge que d'être
réels ?
NOTE
1. Depuis 5 mois voici la liste des choses que j'ai réalisées : auto-formation à deux logiciels de création graphique inconnus par moi jusqu'ici, un site Flash (une cinquantaine
d'animations), un second site HTML, une affiche, des dessins (porte-mine HB 0,7mm, papier ordinaire 80 gr/m2), une première prise de contact avec "la théorie des cordes", la naissance du désir de
me rendre à Dublin ou Belfast, une approche raisonnée des offres de téléphonie en vue de m'en procurer un et tout un tas d'autres choses plus ou moins avantageuses.
Par Jean Bernard Conrod
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Samedi 1 décembre 2007
6
01
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/2007
11:06
J'ai reçu un colis, il n'y avait rien dedans, à vrai dire comme je n'attendais rien cela ne m'a pas gêné, et puis je me suis imaginé ce qu'il y aurait pu y avoir
: trop petit pour une lampe sur pied, trop grand pour un Louis d'or, finalement il avait la bonne taille pour ne rien contenir.
Par Jean Bernard Conrod
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