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Dimanche 15 avril 2007

Confession d'un futur votant

Dans cette élection il se dresse un mur d'irrationalité sur lequel on semble afficher toutes les peurs ancestrales :

− le feu, la grêle, les orages
− les malfaisants, l'esprit malin, le mal insidieux
− le trouble de la féminité, son aura brouillé par le désir
− la tentation de l'argent, l'exploitation, l'usure
− l'étranger, le voleur, l'indigent
− l'assassinat de la culture

Et sur quoi est basé ce diagnostic? Sur l'évidence des enfants qui n'ont pas besoin qu'on leur démontre que ce n'est qu'un caniveau qu'ils ont franchi et non une cataracte infectée de crocodiles, ou bien, sur ce désir que certains ont de protéger leurs privilèges et par la même de surévaluer les dangers qui les menacent. Ce n'est pas un fasciste assoiffé de sang que certains combattront, mais un républicain, ce n'est pas une hystérique ivre de sainteté que d'autres redoutent, mais une femme en politique, ce n'est pas un arriéré en tracteur, ni un vicomte ivre de patrie... Que les uns ou les autres et peut-être les uns et les autres nous gênent est une bonne chose, ils sont le signe collectif d'un changement d'une manière ou d'une autre.

Mais tout fait trop de bruit pour être honnête, le patron assoiffé d'argent, les OGM assoiffés de mort, la planète qui brûle, se noie, fond, on ne sait pas trop dans quel ordre. L'idéologie, voici notre ennemi à tous, celle qui étend son particulier à tout l'ensemble, celle qui systématise, celle qui va contre la nature d'un homme −  sa complexité, sa souplesse. N'écoutez rien de l'écologie, du patronat, du salariat, de l'immigration et de tout le reste, la presse et la TV n'ont pas fait leur travail de contradiction sur les sujets qui nous préoccupent, nous n'avons eu que des slogans, c'est donc à nous de le faire. Tout est irrationnel, sans fondement par la preuve et le plus souvent contre elle, alors peut-être qu'une élection par la mystique qu'elle sous-tend est irrationnelle − dans ce cas bénis seraient tous les dévots, les roitelets, les falsificateurs et les gourous − mais elle aspire à ne jamais y succomber complètement.

Votez pour celui ou celle qui vous inspirera le plus, celui ou celle qui vous donnera de vous demander "Voici, celui (celle)-là m'a fait changer mon regard qui était trop étroit sur ce monde", ce monde vous y êtes, nous y sommes tous, ses errements, ses injustices, sont les nôtres, dans cette façon que nous avons tous de juger les autres sans voir cette part de nous-mêmes qui est dans l'erreur, cette part de nous-mêmes qui ne le combat pas et qui ne s'en effraie même pas. S'effrayer de soi-même est souvent plus productif que de s'effrayer de l'autre, sur lui nous n'avons pas de pouvoir, ni de connaissance véritable si nous ne nous y engageons pas, l'autre est un continent, à découvrir ou à haïr, mais inconnu, alors que nous ne saurions pas où nous dissimuler pour nous dérober à nous-mêmes.

Alors cette liberté que nous avons de penser le monde, gardons-la de ne pas être qu'un caprice, un mouvement d'humeur, une farce, qui cacherait mal nos désillusions et nos manquements, car le monde est aussi ce que nous y sommes.

 

Une carte du monde possible :

Fichier hébergé par Archive-Host.com

Jasper Johns, Map, 1963

Par Jean Bernard Conrod - Publié dans : horoscope
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